Une formation de rêve

La cérémonie d’ouverture du Festival de la formation a eu lieu le 12 septembre au château de Neuchâtel. Environ 80 invités ont participé à cette cérémonie. Un des points forts de cette ouverture était la remise des prix aux lauréats du concours d’histoire “j’écris !”. Les heureux gagnants sont Claire-Lise Borel, Martin Bertschinger, Larissa Fagone et Leo Bayard. La partie politique était consacrée à la loi fédérale sur la formation cantonale : “Cantons et loi fédérale sur la formation continue : sens et non-sens du point de vue des cantons”.

Voici la très belle histoire qui a reçu le premier prix

Claire-Lise BorelCLAIRE-LISE BOREL

UNE FORMATION DE REVE

Essoreuse de nuages, ce n’est pas un métier facile. Du matin au soir, il faut porter des bottes en caoutchouc et un ciré. De plus, le goût de l’escalade est une qualité plus que recommandée pour s’engager dans cette profession. Quand j’ai commencé, nous n’étions que des femmes dans ma volée; je me suis toujours demandé pourquoi, car le travail était très physique. Nos journées se passaient de la manière suivante: tout d’abord, nous gravissions la dent de la Molaire jusqu’au sommet.

Arrivées en haut, nous nous attachions au moyen de solides cordes à des piquets

fichés dans le granit pour ne pas être emportées par le vent; il ne restait plus qu’à

déplier un grand filet, soigneusement garni de toile cirée, que nous tenions toutes à

bout de bras. Quand un nuage se prenait dans la toile, il fallait la replier le plus

rapidement possible et transférer son contenu dans un grand sac. A la fin de la

matinée, nos cirés étaient trempés par la brume nuageuse et nos mains glacées; ça

n’a l’air de rien, mais tasser un nuage dans un sac, c’est comme faire des boules de

neige à mains nues!

Après être redescendues de la Dent de la Molaire, nous transportions notre sac au

sommet de deux grandes échelles, placées à une cinquantaine de mètres l’une de

l’autre. Deux essoreuses montaient en haut des échelles. Celles qui avaient le

vertige ne pouvaient pas faire ce métier! Là, nous sortions le nuage de son sac et il

fallait le tordre en le serrant de toutes nos forces afin d’arroser le terrain en-dessous.

C’était un travail plutôt dur, mais on avait une belle vue et j’aimais bien ça. Au fil du

temps, le métier s’est perdu. Il y avait toujours des mécontents, des gens qui

trouvaient que le nuage pleuvait trop ou pas assez sur leurs champs, et des

promeneurs qui se plaignaient d’avoir été surpris par l’averse en pleine campagne.

Alors, on a cessé d’attraper les nuages. En tout cas, c’est une profession qui m’a

appris à avoir la tête dans les nuages tout en gardant mon équilibre, ce qui n’est pas rien!

Ensuite, je suis devenue coupeuse de cheveux en quatre. Toute l’équipe travaillait

dans un petit atelier avec de grosses loupes. Au moyen d’une paire de pinces à

épiler, il fallait se saisir du cheveu à couper en quatre, le placer sur le plan de travail

et le mesurer au millimètre près; au début, nous devions couper les cheveux en

quatre tronçons de même longueur; je me souviens m’être dit que ce n’était pas trop

difficile, mais j’ai vite déchanté quand j’ai commencé la formation avancée! Là, ça se

corsait, il fallait couper les cheveux … dans le sens de la longueur!

Trois loupes posées les unes sur les autres étaient indispensables pour y voir quelque chose!

Et je ne vous explique pas la difficulté qu’on rencontrait quand on avait affaire à un

cheveu fin! Le plus drôle dans tout ça, c’est que je n’ai jamais vraiment su à quoi

couper les cheveux en quatre pouvait bien servir; cela devrait être juste une mode, je

crois, comme cela arrive souvent. Enfin, le temps a passé, la mode aussi et l’atelier a

fermé. Cela dit, j’ai eu le temps d’apprendre à ne pas me décourager et à ne pas me

faire trop de cheveux en face des problèmes que j’ai pu rencontrer!

Voilà les histoires ce que je raconte à mes petits-enfants quand ils m’interrogent sur

les métiers que j’ai exercés. Cela les amuse.

Bien sûr, je pourrais leur dire que j’ai été employée dans un pressing et que j’ai fait

un apprentissage de coiffeuse, mais ça, c’est dans la vraie vie. Pourtant, j’en ai des

vraies histoires et anecdotes à raconter! Mais ce sera pour plus tard. Pour l’instant, je

me concentre sur mes métiers d’essoreuse de nuages et de coupeuse de cheveux

en quatre! Ce qui m’embête un peu, c’est qu’un jour, quand mes petits-enfants auront

grandi, ces professions rêvées tomberont définitivement dans l’oubli.

Alors j’ai décidé de me lancer dans une nouvelle formation afin d’apprendre une

profession qui validera l’existence des métiers de rêve

Les essoreuses de nuages nomment cette profession: écriveuse d’histoire.

Kessy

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